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dimanche 9 novembre 2014

Thierry Berlanda, Marie Fontaine, Antonia Medeiros, Kemi Outkma et Chris Simon se livrent à vous

Aujourd'hui, ce sont cinq auteurs qui sont à l'honneur sur le blog. Si j'ai décidé de les réunir dans une seule interview, c'est parce qu'ils ont un point commun qui est le recueil de nouvelle "Pentatracks".

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Isa: Présentez vous en quelques mots :
Thierry: Je suis une sorte d'écrivain multi-services : j'écris des romans, de la philosophie et des chansons. Comme romancier, je suis très heureux car l'année 2014 a vu le succès de mon thriller l'Insigne du boiteux. Au moment où j'écris, un autre de mes romans, Tempête sur Nogalès, est N°1 des ventes sur Amazon, tous genres littéraires et supports confondus. Comme philosophe, je publie des articles dans plusieurs revues et je prépare pour octobre 2015 un colloque à la BNF autour de Michel Henry, René Girard et Emmanuel Levinas.


Kemi: Me présenter ? Bon. Moi c'est Kemi Outkma, j'écris depuis que je sais tenir un stylo et continuerai probablement jusqu'à ce que mort s'ensuive, j'ai à ce jour vu publié, outre ma participation à Pentatracks, un roman (format papier : Cycle(s), Editions Unicité 2012 et format numérique : Demain je ne pointe pas, Editions Numeriklivres 2014), un recueil de nouvelles (format papier : Junkz, Editions Forgeurs d'étoiles 2014) et quelques articles dans la revue d'expression littéraire Le cafard hérétique. Je tiens également un blog sur wordpress : Tranches de vi(d)e.
Quant à parler de moi, c'est un exercice que je préfère laisser aux autres ; ils le font, en bien comme en mal, toujours mieux que moi... en échange je m'offre le luxe de rester spectateur, me faire témoin et volontiers critique de leurs vies et de leurs morts, auxquelles je rends un hommage sincère par mes histoires, trop sincère pour que ces histoires finissent bien.


Marie: Je préfère laisser les mots parler pour moi. Ils se débrouillent plutôt bien, à ce qu’il paraît. Je les aime tellement que j’ai poussé le vice jusqu’à étudier plusieurs langues, en sus du français : anglais, italien, allemand, espagnol, occitan… En revanche, je ne suis pas du tout attirée par celles, trop limitées à mon goût, qui s’écrivent au moyen d’idéogrammes, comme le chinois ou le japonais. Les lettres de nos alphabets sont nettement plus riches, offrant des possibilités quasi illimitées de combinaisons, du moins de mon point de vue.


Chris: Solitaire, mais sociable, je fais de mes personnages des êtres vivants et des êtres que je rencontre des personnages.
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Antonia: Je suis une romancière franco-américaine qui vit à Montréal. Mon premier roman, la saga familiale des Crèvecoeur, a récemment été publié aux Éditions La Bourdonnaye et il illustre bien, tout comme cette nouvelle que j'ai écrite, ma fascination pour les histoires avec un H et les personnages plus grands que nature.

Isa: Comment avez-vous choisi la chanson qui allait vous inspirer pour écrire la nouvelle?
Thierry: J'ai choisi Take a walk on a wild side, de Lou Reed, dans une liste préétablie, ce qui restreignait un peu mon choix. Mais comme j'aime ce titre depuis toujours, je n'ai eu aucun mal à me décider pour lui. D'autant que je ne connaissais pas si bien la plupart des autres...


Kemi:  Quand j'ai reçu la playlist finale postée par les internautes, j'ai d'abord éliminé tous les morceaux qui faisaient partie de mon paysage musical personnel, quotidien, je ne voulais pas qu'il y ait de souvenir intime ou une vision déjà préconçue, ça en a déjà éliminé une bonne partie. Je me suis enfermé et j'ai écouté l'ensemble des titres restant d'une traite, à la fin de l'écoute j'en avais retenu deux. J'ai finalement opté pour MIA pour plein de raisons, notamment l'interprète est une femme et elles étaient peu nombreuses en lice, et puis le côté contemporain, urbain, les influences électro et hip-hop et sa présence dans le film Slumdog millionnaire ont fait apparaître à moi Alicia et Caleb dès cette première écoute. Deux sales gosses, je n'ai pas beaucoup hésité !


Marie: Bien avant l’expérience Pentatracks, je m’étais dit qu’un jour j’écrirais un texte inspiré par un morceau de Hubert-Félix Thiéfaine. C’est le seul chanteur (francophone) dont j’ai la discographie complète à la maison. Je suis fan de ce poète depuis ses débuts. Lorsqu’on m’a proposé de participer au recueil, moi qui ne suis pas croyante, je me suis surprise à prier pour que l’une de ses chansons soit proposée. Quand j’ai eu connaissance de la playlist, j’ai lévité de dix bons centimètres au-dessus du fauteuil de mon bureau : Mathématiques souterraines y figurait ! Nirvana… Euh non, Thiéfaine !

Chris: Ça a été difficile, car depuis quelques années, j'écoute de moins en moins de musique. Je préfère le silence. Au départ, je voulais le titre de Lou Reed « Take a Walk on the Wild Side », parce que j'aime bien, mais aussi parce que Lou Reed était mon voisin pendant des années à New York. Tout de suite, j'ai eu envie de partir sur l'angle de la proximité, du trottoir sur lequel on croise l'autre... Oui, simplement, limpide, ça commençait en traversant la rue. Mais le titre avait déjà été pris. Alors j'ai écouté au moins une fois les morceaux choisis par les internautes et je suis revenue à la même époque. À l'époque du rock des poètes inspirés par les thèmes de l’androgynie, l’identité, la sexualité, la sensualité, et je suis tombée sur, « Riders On the Storm » de The Doors. Le chaos mental qui règne dans ce morceau m'a complètement habitée pendant quelques jours et j'ai essayé à travers un groupe de personnages de retranscrire ce chaos des sens et de l'esprit.

Antonia:J'ai écouté la liste des titres qui nous avait été envoyée avec une vague idée d'histoire derrière la tête. Dès que j'ai entendu le titre de Gil-Scott Heron, avec son ambiance sombre et envoûtante, j'ai eu le coup de foudre et j'ai su que c'était la bonne. Après deux écoutes, toute mon histoire s'est mise en place et le personnage d'El Santo se tenait littéralement devant mes yeux. C'est un morceau de musique particulièrement intéressant parce que c'est une relecture très moderne d'un morceau classique de Blues. Du coup, le sujet littéraire qu'il illustre devient lui aussi atemporel: le retour permanent du diable et à travers lui, plus symboliquement, celui du mal.



Isa: Pouvez-vous partager avec les lecteurs votre ressenti quant à cet expérience d'écriture en musique ?
Thierry: Comme auteur de chansons, dont je fais parfois moi-même aussi la musique, "l'écriture en musique" m'est vraiment familière. D'ailleurs, même pour mes romans, et même dans mes textes de philosophie, je suis avant tout sensible au rythme. Je crois que le secret de toute écriture, quel qu'en soit le genre, est dans le rythme. Les gens qui ne sont pas musiciens le confondent avec le tempo, ce qui occasionne des plantages narratifs majeurs, en littérature comme d'ailleurs au cinéma... Alors pour ce qui est de ce que j'ai ressenti en écrivant cette nouvelle est assez habituel pour moi, et très agréable : mettre des mots sur un rythme, donner une couleur à une pulsation, donner chair et vie à cette sorte de battement très mystérieux, au fond. Le plaisir d'écrire est intense, vous savez, même s'il est exténuant : il provient justement de notre "accord parfait", de notre accord intime avec le rythme, j'allais dire "avec le dieu Rythme".


Kemi: Et bien en fait c'est marrant parce que dès que La Bourdonnaye m'a proposé le projet je l'ai pensé par le biais d'une métaphore : Pentatracks serait un peu comme une exposition pluridisciplinaire -donc inattendue et inclassable- dans laquelle 5 auteurs allaient exhiber chacun leur univers et leur style. Un truc un peu bordélique, kaléidoscope littéraire, maelström de couleurs et contrastes, un truc rock n'roll en soi finalement ! 
Cinq chansons pour servir de couleurs de base, la nouvelle comme format de toile et deux mois pour la réaliser. J'avais les personnages, j'avais le troisième plan, il me manquait l'unité d'une narration, l'ensemble du projet reposait sur la segmentation ou la fragmentation davantage que sur l'unité ou la continuité alors j'ai dû me résoudre à l'évidence. 
J'ai écouté les 5 titres en boucle, j'ai regardé les 5 clips « officiels » en boucle, tout en laissant les personnages me raconter leur histoire... des morceaux de leurs vies se sont accrochés à des lambeaux de musique, j'ai écrit au fur et à mesure, dans l'ordre chaotique où elles survenaient, les scènes qui me tombaient dessus en avalanche. 
Le flux s'est tari, j'ai fait le tri, j'ai assemblé les pièces du puzzle, le titre s'est alors imposé d'évidence, j'ai ensuite éliminé les bavures au rasoir et j'ai mis des points de colle pour que l'ensemble tienne debout. Je ne l'ai pas verni par contre... là encore, il m'a semblé que ni le projet, ni la chanson, ni la nouvelle n'appelait à quelque chose de lisse... et puis il était aux environs de minuit, le dernier jour du délai imparti pour rendre le manuscrit.
Depuis, je ne peux pas entendre un des 5 morceaux de la playlist de Pentatracks sans avoir une pensée pour Alicia et Caleb, puis pour les 4 co-auteurs que j'ai rencontrés par ce travail et leurs nouvelles respectives, sans saisir ce prétexte pour raviver les souvenirs agréables des  moments partagés en ces diverses compagnies et surtout, plus encore qu'auparavant, sans avoir cette petite voix en moi vous savez, celle qui veut sans cesse crier : « Rock N'Roll ! »

Marie:C’était à la fois étrange et exaltant de penser que, presque simultanément, cinq auteurs écoutaient leur morceau préféré, qu’ils s’en imprégnaient pour ensuite laisser les mots inspirés courir au bout de leurs doigts. Je me suis amusée à l’idée que si l’on mélangeait toutes les chansons élues, cela aboutirait à une joyeuse cacophonie. Heureusement, le résultat sur le papier est tout autre. Pour finir, je dirais que, chose étonnante, les textes du recueil semblent reliés entre eux par une petite musique invisible, souterraine, comme les Mathématiques que j’ai choisies, alors que nous n’avons pas été en contact les uns avec les autres…
Chris: D'abord, j'ai dû me plonger dans l'univers du morceau de Jim Morrison, m'en imprégner (je l'écoutais plusieurs fois par jour). Je me suis beaucoup appuyée sur la pluie (et les coups de tonnerre) ; ensuite, j'ai laissé éclore et fleurir mon imagination dans cet univers, venir à moi les personnages. Une fois leur entrée en jeu, je les ai faits interagir sans jamais lâcher la sensualité confuse qui plane dans cette musique. J'ai eu la vague impression de revivre quelque chose de l'adolescence en écrivant Jérôme. La nouvelle m'a été entièrement inspirée par « Riders On the Storm ». Je ne pensais pas qu'un seul titre pouvait me faire écrire une nouvelle de plus de 45 000 signes. ;-)
J'ai aussi rencontré une lectrice grâce à ce morceau. En effet, J’ai appris que tu avais choisi ce morceau, je t'en remercie. Avais-tu une vision, une attente en choisissant ce titre ? À mon tour de te demander ce que t'inspire « Riders On the Storm ». 

Edit Isa: Mais de rien pour le choix, merci à toi de l'avoir choisi et moi j'ai rencontré une auteure grâce à ce morceau. Non, je n'avais pas d'attente particulière. Etant une grand fan des doors, c'est le premier titre qui m'est venu en tête quand j'ai vu qu'on pouvait participer en proposant une chanson."Riders on the Storm" m'inspire surtout une époque que j'aurais aimé connaître et, comme je l'ai dit dans ma chronique de "Jim" de Harold Cobert, j'aurais aimé pouvoir assister à un concert des Doors et être plongée dans l'ambiance.

Antonia: C'est une expérience à faire et à refaire et comme beaucoup d'auteurs, j'utilise souvent la musique pour affiner certaines scènes ou personnages. Pour cette nouvelle par exemple, il fallait vraiment que le côté obsessionnel et paranoïaque du personnage reflète le caractère lancinant de la chanson. Écrire en musique, c'est laisser l'émotion de l'écriture se mêler à celle de la mélodie. On est submergé par un flot d'images et de ressentis, sans très bien savoir si c'est le cerveau qui projette une interprétation sur la musique ou si c'est la musique qui nourrit l'imaginaire de l'histoire. Pour moi, toute la richesse de cette expérience d'écriture réside dans la communion des deux. C'est un peu comme l'écriture sous influence, mais en beaucoup plus sain! Ce que je trouve particulièrement intéressant dans le concept de ce recueil, c'est que le lecteur va lui-même, en lisant aussi bien qu'en écoutant Pentatracks, participer à ce dialogue des émotions.  

dimanche 24 août 2014

Thierry Berlanda, l'interview (2)


Aujourd'hui, c'est Thierry Berlanda qui revient sur le blog pour nous parler de son nouveau roman "Tempête sur Nogales". J'avais déjà reçu Thierry il y a quelques mois lors de la sortie de "L'insigne du boiteux" et nous avons décidé de réitérer l'expérience.

Nous allons commencer comme d'habitude avec quelques liens vers:
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(Un clic sur l'image vous mènera vers la première interview)

Isa: Bonjour Thierry, tout d’abord, je tiens à te remercier d’accepter de répondre à cette interview. Certains ont déjà eu l’occasion de te découvrir il y a quelques temps sur le blog mais nous allons faire un petit rappel. Pourrais-tu te  présenter en quelques mots  à nos lecteurs ?
Je suis d’abord un type qui écrit des romans, environ un tous les 2 ans, bien que j’accélère beaucoup ces temps-ci. J’écris aussi de la philosophie (essais, conférences, articles, publiés un peu partout). Et puis je fais aussi des chansons. Si j’étais privé d’un de mes trois modes d’expression, je serais malheureux. Et donc, comme rien ni personne ne m’en prive, je suis heureux.

Isa: Nous allons parler principalement de ton nouveau roman « Tempête sur Nogales », peux-tu nous expliquer un peu ton parcours et d’où te sont venues les idées ?
Pour ce roman, ça a été différent que pour la plupart des autres. Je ne suis pas parti d’une idée, mais d’une… couleur, comme un peintre. J’avais envie de travailler cette pâte, cette matière très particulière qu’est la frontière de l’Arizona, en tout cas telle que je l’imaginais quand j’étais adolescent. Toute cette mythologie, ces images qui à l’époque se sont imposées à moi, ont fourni au récit son cadre assez western. Mais le contenu du récit, lui,  n’est pas du tout celui d’un western classique, héroïque et édifiant. A vrai dire, c’est même complètement le contraire.

Isa: Les personnages ont tous des personnalités assez différentes peux-tu nous les présenter en quelques mots ?
Le narrateur, que tout le monde appelle « le gosse », est un paumé intégral, ivre toute la journée et à qui il n’arrive que des tuiles. Il aime comme un fou une fille étonnante, une chanteuse débarquée d’on ne sait où, ni pourquoi, qui est devenue la patronne d’un snack installé sur le bord d’une route où passent des camions toute la journée. Et il a un ami à la vie à la mort, Holly, qui veille sur lui et le défend en cas de coup dur. Ce sont les principaux protagonistes de cette histoire au cours de laquelle on s’aperçoit que le dessous des cartes est assez différent de ce qu’on pourrait penser au premier abord. Ajoutez une bande de types pas du tout recommandables, et puis aussi une vieille indienne, Magg, la dernière de son peuple. Vous les mettez tous dans un shaker, vous secouez, et ça finit par exploser.

Isa: Et si tu devais t’identifier à l’un deux, lequel serait-ce ?
Comme toujours, je suis sans doute un peu dans tous les personnages. En tout cas, je me suis mis dans la peau du Gosse, puisqu’il est le narrateur, bien que contrairement à lui, je n’ai pas bu dans toute ma vie ce que lui peut boire en une seule journée.

Isa: Maintenant que nous avons parlé de ton roman, pourrais-tu un peu nous parler de tes futurs projets ?
Je suis en train de rédiger le second volet de l’Insigne du boiteux, le roman sorti au printemps chez La Bourdonnaye. Je suis évidemment très heureux du succès rencontré par ce thriller, qui m’a conforté dans mon désir d’aller plus loin, en développant davantage mes personnages. Mes autres projets sont de nature plus philosophique (des articles, des conférences). J’assume complètement cet éclectisme. D’ailleurs, j’aimerais bien aussi enregistrer de nouvelles chansons, l’année prochaine. Et puis j’ai écrit quelque chose qui doit sortir avant Noël dans la collection Pulp, toujours chez La Bourdonnaye, et que je dois encore peaufiner. 

Isa: Pour continuer, je te donne l’opportunité de donner envie aux lecteurs qui ne te connaissent pas de découvrir ton bouquin. C’est à toi de jouer pour un petit instant pub.
Merci Isabelle, mais tu parles bien mieux que moi de mes bouquins, tu sais. Disons que je voulais mettre en scène l’amour absolu du Gosse pour cette chanteuse énigmatique, un amour tellement inconditionnel qu’il ne tient pas compte des lois humaines les plus communément admises, parce qu’il est à lui-même sa propre loi. Quelque chose d’absolu, mais dans un contexte délabré, effondré, hyper malsain. C’est ça, mon pari.

Isa: Pour terminer te prêterais-tu au jeu de te mettre à la place de « Gosse » et  de répondre à un petit portrait chinois réalisé par mes soins ? Dis-nous qui il serait, s’il était :
C’est excitant comme tout !
  • Un personnage de BD ? Peut-être un personnage de Sokal.
  • Un poète ? François Villon
  • Un personnage de dessin animé ? Je suis obligé de tricher (c’est encore plus excitant). Je dirais Huckleberry Finn. Il doit bien en exister une version en dessin animé. En tout cas, ce serait une bonne idée d’en faire une.
  • Un chanteur ? Jeff Buckley
  • Une chanson? Desolation row, de Bob Dylan.
  • Un film ? Des souris et des hommes, tiré du roman de Steinbeck
  • Une série ? La série noire !
  • Un animal ? La proie d’un chasseur
  • Un endroit ? Nogales, Arizona.

Isa: Je te remercie d’avoir pris le temps de répondre à ces questions. Un mot de la fin peut-être ?
Je suis convaincu que toute « l’intermédiation culturelle », toute l’institution éditoriale classique, est par terre et que donc, et ce sera de plus en plus vrai, tout se passe aujourd’hui directement entre les livres et leurs lecteurs. Toi, Isabelle, et d’autres qui se battent pour leur passion des livres, vous êtes donc devenus des personnages importants de la nouvelle grande aventure littéraire. C’est une responsabilité, mais c’est aussi une chance.

dimanche 27 avril 2014

Thierry Berlanda, l'interview


Aujourd'hui, c'est Thierry Berlanda qui est à l'honneur sur le blog. J'ai découvert l'auteur grâce à son roman "L"insigne du boiteux".
On ne change pas les bonnes habitudes et on débute avec quelques liens vers:
(Un clic sur l'image vous mènera vers mon avis)

Isa: Bonjour Thierry, tout d’abord, je tiens à vous remercier d’accepter de répondre à cette interview. Avant de parler de votre roman et de vos projets, nous allons parler un peu de vous. Pourriez-vous vous présenter en quelques mots à nos lecteurs ?
Je suis un type qui ne sait qu’écrire. J’y passe donc mon temps : j’écris des romans, un tous les deux ans à peu près, explorant tous les genres ; j’écris aussi de la philosophie, ce qui me donne l’occasion de donner des conférences dans des cadres officiels et prestigieux où, à ma grande surprise et à mon grand amusement, on me convie parfois (l’Université de Louvain, les Ateliers de la Société Française de Philosophie, qui se tiennent à l’Ecole Normale Supérieure, le Collège International de Philosophie) ; j’écris enfin des chansons, mais là encore je le fais en « sauvage », sans me soumettre à aucun ordre extérieur et n’écoutant que ce qu’il est convenu d’appeler l’inspiration. J’ai par ailleurs un métier à la fois alimentaire et intéressant, qui me procure un certain confort, chance que beaucoup de créateurs n’ont pas.

Isa: D’où vous est venue cette envie d’écrire ?
Disons que depuis l’enfance, comme sans doute tous les gens dans mon cas, je me sens détenteur d’une sorte de pouvoir spécial. Je ne suis pas un X.Men et il y a plein de choses pour lesquelles je ne suis vraiment pas très doué. Mais je sais, et c’est un privilège incroyable, que jamais personne au monde n’a écrit ni n’écrira comme moi. Cela ne signifie pas que je prétende être le plus grand ou le meilleur écrivain : cela n’aurait d’ailleurs vraiment aucun sens. Non, quand je dis « comme moi », c’est dans le sens de « à ma façon ». Franchement, que voulez-vous qu’il arrive de plus fantastique à quelqu’un : savoir qu’il est le seul à savoir faire ce qu’il fait et comme il le fait ? Alors pour « l’envie d’écrire », disons que quand vous avez un pouvoir, vous avez nécessairement envie de l’exercer. Je ne connais pas de types doués pour l’escalade et qui ne seraient pas tentés par l’alpinisme.

Isa: Avez-vous un genre de littérature, un auteur et un roman de prédilection ?
Je lis très peu de thrillers, contrairement à ce que mon dernier opus pourrait laisser penser. Je lis surtout de la philosophie, et plus particulièrement les textes du phénoménologue Michel Henry, un penseur des plus importants. Son œuvre commence à être mieux connue : j’y contribue autant que je le peux. Je lis aussi les poètes, de Rutebeuf ou François Villon, jusqu’à Yves Bonnefoy ou Robert Empain, en passant par Hugo, Rimbaud, Baudelaire ou d’autres moins connus. Quant aux romans, je place Dostoïevski au dessus de tout, même si ma dévotion n’est pas exclusive. Mon roman de prédilection est de lui : Crime et châtiment et, à égalité, Les frères Karamazov.

Isa: Je vous ai connu grâce à « L’insigne du boiteux » qui n’est pas votre premier roman. Pourriez-vous nous parler un peu de vos précédents ouvrages et nous raconter votre parcours ?
J’écris depuis l’âge de 7 ou 8 ans. J’ai commencé par de petites histoires d’animaux, en deux ou trois feuillets. Puis, passionné d’histoire antique et de mythologie grecque et romaine, entre 12 et 14 ans (voyez un peu le maboul !) j’ai écrit une histoire romaine puis une sorte de remake de la Guerre de Troie. A partir de cette époque, je me suis mis à écrire en moyenne un roman tous les deux ans : policier, historique, psychologique, d’anticipation ou relevant de plusieurs genres à la fois. En revanche, fidèle à ma ligne personnelle et orgueilleux comme pas deux, j’ai fait si peu de démarches vers les éditeurs que je n’avais jamais été édité avant 2006, puis plus récemment aux Presses Universitaires de Louvain (les Actes d’un congrès de philosophie), et enfin chez La Bourdonnaye, pour l’Insigne du boiteux. Ce fut une rencontre très heureuse, notamment avec Laurent Bettoni, le directeur littéraire. Avec Benoit de la Bourdonnaye aussi, le courant passe très bien. Le rêve, non ?


Isa: Et pour « L’insigne du boiteux », pourriez-vous nous expliquer votre parcours et d’où vous sont venues les idées ?
Je crois que c’est une référence au mythe de l’enfant trouvé, tel que l’explore Marthe Robert dans En haine du roman,  son bouquin sur Flaubert. Vous savez, ces enfants qui se sentent mal dans leur milieu, quel qu’il soit d’ailleurs, et qui s’inventent une ascendance princière… J’ai trouvé que c’était un bon ressort romanesque, alors je me suis mis au travail.

Isa: Et si vous deviez vous identifier à un personnage de « L’insigne du boiteux », lequel serait-ce ?
Un personnage secondaire : Paul, l’ex de Jeanne Lumet. Mais il n’est pas tout à fait moi, et moi je suis aussi un peu dans tous les autres. Même dans Léo, le fils de Jeanne. En revanche, je vous rassure, je n’ai rien en commun avec le Prince… C’est sans doute pour cela que je n’ai pas eu trop de mal à le mettre en scène.

Isa: Maintenant que nous avons parlé de vous et de votre roman, pourriez-vous un peu nous parler de vos futurs projets ?
Je viens d’écrire une nouvelle pour le recueil Pentatracks, que La Bourdonnaye s’apprête à publier en collaboration avec Shut Up and Play The Books. Je travaille en ce moment à une série pour la collection Pulp (La Bourdonnaye encore) et à mettre en forme, en vue de sa prochaine publication, une leçon de séminaire que j’ai donnée la semaine dernière au Lycée Henri IV. A l’automne, je pense me mettre à écrire le second volet d’une trilogie d’anticipation dont le premier est déjà rédigé. Et puis sans doute, dans douze à dix-huit mois, écrirai-je un second volet de «l’Insigne », car je sens que je pourrais emmener mes personnages encore plus loin. On s’attache, que voulez-vous !

Isa: A part l’écriture, avez-vous d’autres passions dans la vie ?
A vrai dire, j’ai bien sûr une passion pour certaines personnes qui me sont très proches, mais je ne suis ni sportif, ni chasseur, ni amateur de corridas, ni collectionneur de papillons ou de quoi que ce soit d’autre. J’écris, j’écris et j’écris. Et même quand je ne rédige pas, j’écris quand même… comme je respire.



Isa: Pour continuer, je vous donne l’opportunité de donner envie aux lecteurs qui ne vous connaissent pas de découvrir votre bouquin. C’est à vous de jouer pour un petit instant pub.
Vous aimez avoir peur mais n’avez pas peur d’aimer ? Alors venez visiter les sous-sols de l’âme humaine. En compagnie de Jeanne Lumet et de deux autres enquêteurs pas forcément blanc bleu, vous chercherez à y débusquer une des engeances meurtrières les plus sinistres depuis Gilles de Rais.

Isa: Pour terminer vous  prêteriez-vous  au jeu de réaliser un petit portrait chinois réalisé par mes soins ? J’adore ce genre de jeux…
Dites-nous qui vous seriez, si vous étiez :
  • Un personnage de BD ? Mandrake
  • Un poète ? Rimbaud
  • Un personnage de dessin animé ? Dimitri, dans Anastasia
  • Un chanteur ? Bob Dylan
  • Une chanson? Ballad of thin man
  • Un film ? Le sacrifice de Tarkovski
  • Une série ? Chapeau melon et bottes de cuir
  • Un animal ? Un aigle (pas pour la rapacité, mais pour pouvoir voler haut)
  • Un endroit ? La place Saint Georges, à Paris
Isa: Je vous remercie d’avoir pris le temps de répondre à ces questions.
C’est à moi de vous remercier, Isabelle. Pour un écrivain, vous êtes une sorte de fée.

Isa: Merci pour ce joli compliment qui me va droit au cœur, d'autant plus que la fée est mon personnage fantastique préféré.